Style inhérent de l'Ariégeois
Le standard de travail édité pour l’ariégeois sous la présidence de Mr Gérard Thonnat (alors président du club du bleu de Gascogne) nous apparaît comme étant un outil indispensable pour la préservation l’amélioration et la sélection de la race Ariégeois.
Afin d’en vulgariser l’accès et afin de permettre au plus grand nombre d’en faire un moyen de sélection, il nous est apparu essentiel, après un bref rappel historique de développer, expliciter et représenter le plus fidèlement possible ce standard au travers des différents moments de la chasse.
On ne peut parler du style inhérent de l’Ariégeois sans faire un petit détour sur son histoire et sur ses origines.
L’Ariégeois né aux confins du Couseran en Ariège est un chien qui a été crée de toute pièce.
Il fait partie des races du Sud Ouest, parmi lesquelles je citerais pour mémoire les Gascon Saintongeois, Bleus de Gascogne, et Griffons Bleu de Gascogne.
L’Ariégeois possède des qualités communes avec ses cousins du Sud Ouest.
Il est gorgé souple de caractère apte au rapprocher et au forlonger il a de réelles dispositions à chasser en meute.
Cependant son chassé diffère en de nombreux points essentiels qui sont pour une grande part lié à ses lointaines origines.
En un mot je dirais que l’Ariégeois n’est en rien un petit bleu de Gascogne pas plus qu’un Gascon Saintongeois réduit et allégé.
Ces deux races ont des qualités supérieures qui leur sont propres et un style à part entière qu' ‘il convient de bien différencier si l’on veut éviter les fausses représentations qui ne sont en rien favorables à la sélection d’aucune des races citées.
Le seul cousin du Sud Ouest qui se rapproche au plus haut point dans son style de l’Ariégeois est le Griffon Bleu de Gascogne.
Pourquoi ? Simplement, et j’en reviens aux origines, parce que comme
l’Ariégeois il a été crée par l’association de chiens « briquets » et de chiens « d’ordre ».
Tous deux sont des « demi sang ».
Les standards de travail édités par la Scc par l’intermédiaire des clubs de race mettent en avant ces différences et similitudes entre les races du Sud Ouest grâce à l’utilisation de quelques définitions composés de mots choisis, mais peut être pas suffisamment développées.
Je vais m’efforcer ici au travers des différentes phases de la chasse de décrire plus précisément le style inhérent de l’Ariégeois en m’appuyant sur le standard de travail et également sur son histoire originelle.
C’est en Ariège autour de St Girons, petite ville adossée aux Pyrénées ariégeoise, que notre petit courant français puise ses origines.
Il est issu du croisement de chien d’ordre, de Gascogne, ou Gascon-Saintongeois, avec des briquettes de l’Ariège.
C’est grâce à cette alliance que l’Ariégeois va se distinguer par des qualités exceptionnelles pour la chasse du lièvre. (Chasse pour laquelle il a été crée.)
L’Ariégeois allie les qualités de ses doubles origines.
Il a conservé du chien d’ordre la finesse de nez, sa superbe gorge, une chasse appliquée, droite, brillante et allante. Il a également hérité de ces « nobles »
Ancêtres d’une capacité exacerbée à chasser en meute, d’une bonne résistance
et d’une bonne vitesse de menée.
Le sang briquet lui a conféré une grande intelligence, de l’énergie, et par-dessus tout de l’initiative, de l’activité et de la décision.
Le briquet lui a légué les dispositions d’un chien très requérant et dépêchant, capable de relever seul les défauts.
L’Ariégeois idéal est le compromis de ses deux lointaines origines que chaque éleveur tente de fixer et sélectionner.
Cependant il semble que les qualités du chien d’ordre et celles du briquet ne se fusionnent pas et ne se complètent pas en un même individu aussi souvent et aussi normalement que la logique le voudrait.
C’est pour cette raison que l’on peut trouver dans une même meute des chiens aux qualités très différentes représentant alors le clivage de ses deux origines.
L’Ariégeois est un chien de contraste.
La description du style inhérent qui va suivre s’inscrit dans le strict respect du standard de travail.
Elle se veut en être le reflet et l’interprétation la plus fidèle.
STYLE INHERENT DE L’ARIEGEOIS qui pourrait se résumer à
Grande initiative
Sûreté
Application
Ténacité
Relative rapidité
Endurance
Finesse et puissance de nez
Voix sonore et abondante
Capacité à bien rallier
Souplesse de caractère
Ceci au travers de toutes les phases de la chasse du lièvre que l’Ariégeois doit pouvoir maîtriser, la quête, le rapprocher, le lancer, la menée, le forlonger, le défaut.
L’Ariégeois a été crée pour la chasse du lièvre et toutes ses qualités tendent vers cette chasse.
Cependant sa passion son amour de la chasse mais aussi la volonté de certains conducteurs le conduise à chasser d’autres animaux. (Sanglier, chevreuil, renard.)
Pour le sanglier les qualités de rapprocheur de l’Ariégeois lorsqu’il veut bien chasser cette voie (ce qui est loin d’être toujours le cas) peuvent se révéler. Il est tout à fait capable de remonter une voie de sanglier nez au sol ou à la branche, le standard dit même que « son courage lui permet de tenir l’animal aux abois sans l’attaquer ».
Je dirais et je pense être plus prés de la réalité que l’Ariégeois n’est pas un chien pour le sanglier et qu’il existe dans nos races de chiens courants des spécialistes aguerris aux exigences et particularités de cette chasse.
Certains on du faire des « coupages » pour améliorer les qualités de l’ariégeois dans la voie du sanglier...c’est dommage.
Par contre certains équipages ont reconverti avec brio l’Ariégeois dans la voie du chevreuil. Voie dans laquelle il exprime tout son talent, et où ses grandes capacités à chasser en meute et à rallier lui confèrent une grande efficacité dans une chasse où une des nombreuses difficultés réside dans le fait de maintenir un seul animal sans que le lot ne s’éclate.
Pour le renard, l’Ariégeois est un chien courant apte à chasser toutes les voies .Mais il n’est pas un de ces spécialistes qui allient vitesse et tenus au fourré. La France à une telle richesse dans ses chiens courants qu’il convient de reconnaître à chacun ses spécialités et particularités.
Caractères généraux :
Chien sociable, doux et équilibré, l’Ariégeois se montre facile à discipliner. Il est affectueux et très proche de son maitre, parfois même sensible .Il demande un contact doux sans brutalité. Celle-ci entacherait sa confiance envers l’homme. « Une main de fer dans un gant de velours » comme le disait Colette dans un de ses ouvrages prend ici tout son sens.
L’Ariégeois est précoce et se déclare tôt pour peut qu’on lui accorde suffisamment de temps.
Apte à chasser seul ou en meute c’est un chien de montagne, capable de s’adapter à tous les biotopes faute peut être de pouvoir s’adapter à tous les gibiers.
L’Ariégeois n’a pas particulièrement de problèmes de santé .C’est un chien rustique, qui possède cependant un poil fin qui ne le prédispose pas spécialement ni aux grands froids ou à l’humidité ni à buissonner.
D’appétit parfois capricieux il nécessite plus d attentions que d’autres races plus rustiques.
Les femelles ariégeoises sont de bonnes reproductrices et il n’est pas rare de voir des portées de plus de 8/10 chiots.
Ses origines se révèlent souvent dans la reproduction .On peut parfois voir cohabiter dans la même portée des chiots petits briquets et d’autres avec plus de tissus origine Gasconne, d’autres à face ou demi face blanche, peut être rappelle d’origine Saintonge …
Tout nous rappelle que l’Ariégeois est un demi-sang.
Son poil majoritairement blanc et parfois moucheté avec des taches noires est un atout dans la mesure où il peut se voir de loin.
Récris gorge
L’Ariégeois est doté d’une voix sonore, abondante, de hurleur, timbrée avec des modulations.il est gorgé et sa voix s’entend de loin.
Il peut l’utiliser des qu’il a connaissance d’une voie.
Quête
L’Ariégeois doit quêter avec passion application et INITIATIVE ..
La quête de l’Ariégeois doit à la fois être ample ,appliquée dévoilant beaucoup d’initiative .C’est à dire que l’on doit voir des chiens continuellement en action qui recherchent individuellement un sentiment ou un animal .Les chiens vont de gauche et droite, en avant du conducteur et dans un grand rayon. Ils ont une grande activité et mobilité tout en restant appliqués. L’initiative et l’intelligence de la quête se retrouve aussi dans la capacité des chiens à explorer l’ensemble du territoire en tenant compte du biotope.L’initiative et l’intelligence se retrouvent dans ces chiens qui spontanément vont faire les bordures, à la recherche d’une retiré ou d’un voie qui « s’en va ».
L’Ariégeois doit rallier lorsqu’un des éléments de la meute se récrie sur une voie.
Rapprocher
L’Ariégeois est un chien qui a suffisamment de finesse et de puissance de nez pour travailler ces voies avec calme, sagesse application et INITIATIVE. Il travaille avec application mais son âme briquette lui confère cette initiative et ce perçant pour aller rechercher sur les devants ou les cotés cette voie dont il ne peut résoudre l’énigme par son seul odorat. Sur le défaut la meute peut donner l’impression de s’éclater, chaque chien recherche individuellement la voie, parfois dans des styles différents mais toujours au service de la meute. Au premier récris du chien qui retrouve la voie l’ensemble des chiens rameutent et empaument celle-ci.
Lors du rapprocher les premières connaissances de voie ne sont pas obligatoirement sonores. Le standard de travail dit: l’Ariégeois lorsqu’il a connaissance de la voie peut donner de la voix. Cette notion est particulièrement importante car c’est elle qui avec la notion de grande initiative différencie l’Ariégeois de ses cousins Bleu et gascons qui eux doivent donner de la voie lorsqu’il la rencontre. Ce qui dénote chez eux surement d’une plus grande puissance de nez que l’Ariégeois va compenser par son initiative.
Je pense qu’il est important de percevoir ces subtilités pour éviter les trop grands rapprochements d’une race avec une autre qui pourrait conduire à la perte de l’identité de chacune. Une fois le rapprocher amorcé les récris de l’Ariégeois se font entendre et s’amplifient au fur et à mesure du rapprocher et ce jusqu’au lancé.
Lancé
L’âme briquette sommeille dans beaucoup de nos Ariégeois. Cette qualité essentielle pour le chien à lièvre se retrouve de manière exacerbée chez certains sujets. On reconnaît facilement ce chien. C’est l’ariégeois qui a le lièvre dans la tête et qui lorsqu’il est prêt du but se détache du lot pour aller faire gicler notre capucin, parfois dans un rayon important alors que la voie ne permet pas toujours d’accéder au but.
Lors du lancé si celui-ci est individuel, au seul récris du chien qui lance tous les chiens rameutent sur le champ.
Menée
La menée de l’Ariégeois est vive et très criante. Elle est caractérisée par un changement de rythme et tonalité net et brutal. En dehors des défauts le travail des chiens est groupé. Les chiens chassent à la queue leu leu et non en éventail comme certaines races.
La menée de l’Ariégeois est de train assez rapide .Les balancés sont relevés avec sûreté et détermination. Dans les défauts on appréciera le coté dépêchant de l’ariégeois qui DEVRA FAIRE PREUVE D’INITIATIVE.
Celle-ci se retrouve dans toutes les phases de la chasse.
C'est-à-dire que sur le défaut on ne doit pas voir des chiens qui traîne, se récriant sur celui-ci allant même jusqu’à venir crier en arrière. Ces chiens là ne sont pas des Ariégeois digne de ce nom. La particularité de l’Ariégeois se caractérise sur la menée et également sur les défauts par son entreprise, son initiative qui le conduisent à faire systématiquement les devants à aller chercher la voie au devant ou sur les cotés du défaut. Cette initiative ne doit pas nuire à sa sûreté et à son application. Sur les défauts le lot s’éclate et chaque chien tente de le résoudre avec parfois des attitudes et des styles différents. (D’où l’intérêt dans une meute d’avoir des chiens qui se complètent.)
Lorsque le défaut est relevé chaque chien rallie immédiatement sur le chien de tête ou sur celui qui a relevé le défaut.
Dans la menée l’Ariégeois est capable d’entreprise de ténacité d’endurance.
L’Ariégeois a une propension à aimer beaucoup la voie et lorsqu’il est mal conduit on peut voir des chiens qui rappellent sur les arrières, et qui ont
systématiquement tendance à reculer ou qui ne décollent pas du défaut. Il faut être vigilent à ces chiens qui ne représentent pas le style de la race qui ne sont pas utiles à la chasse et qui pourraient même donner une fausse idée de la race et de son style. Cependant, et cela n’engage que moi il s’agit plus dans ce cas d’une conduite qui ne met pas en valeur les qualités du chien.
Forlonger
C’est une phase intéressante parce qu'elle peut mettre en avant et révéler elle aussi les qualités de l’ariégeois.
C’est une phase qui s’apparente à la menée puisque elle concerne l’action des chiens à la poursuite d’un animal debout. Cependant elle n’en a pas la vigueur ni la vitesse. Le forlonger s’amorce à partir du moment où l’animal de chasse a pris une avance considérable sur les chiens. Ceux-ci pour plusieurs raisons qu’il sera intéressant d’analyser ( départ du gîte anticipé, avance prise sur un défaut relevé après beaucoup de temps, incapacité des chiens à avancer, chiens qui travaillent sur les arrières, style de menée trop collée ) ne parviennent pas à maintenir un rythme de menée suffisant.
Le standard précise que les Ariégeois doivent maîtriser cette phase.
Au cours de celle-ci on devra voir des chiens qui chassent droit une voie qui s’en va. Les chiens travaillent très groupés voir à la queue leu leu. Sur les pertes de voie les chiens doivent avancer, rechercher la voie perdue sur les devants. Ils doivent travailler calmement. Puis éventuellement et seulement après avoir fait les devants, ils peuvent revenir sur les arrières pour retrouver la voie et reprendre leur poursuite qui une nouvelle fois, conduit les chiens à travailler une voie droite qui indique que l’animal continue sa fuite. Dans cette phase on remarque la grande sûreté de l’Ariégeois, son INITIATIVE. L’Ariégeois avance avec détermination et discrimination mais application sur cette voie qui se refroidit. Le comportement des chiens doit révéler une grande maturité et se différencier clairement d’une attitude de rapprocher.
Créance
Cette particularité est un révélateur du niveau de dressage du chien ou de la meute.
On retrouve cependant ici une des qualités de l’Ariégeois: sa souplesse et sa grande soumission à son maitre. Même si elle nécessite beaucoup de travail, la créance est relativement aisée dans la mesure où l’Ariégeois est un chien très réceptif au dressage. Attention à ne pas en abuser, par exemple dans d’excessives mises aux ordres ou dans un dressage trop ferme qui risquerait d’entamer son esprit d’initiative qu’il convient de favoriser ...
Conclusion
Demi-sang de contraste l’Ariégeois est un chien de lièvre par excellence.
Son style même si il existe des similitudes se différencie nettement de ses
cousins du Sud Ouest.
La richesse de ses origines lui confèrent des qualités supérieures même si elles ne se réunissent pas toutes dans le même individu.
La chasse en meute permet d’associer et de combiner les qualités propres à ses ancêtres.
L’élevage doit tendre vers le chien idéal compromis d’un savant métissage.
Cependant il serait dangereux pour l’avenir de la race de le réduire à un seul des styles de ses origines.je veux parler ici plus particulièrement du style Gascon et du style Briquet.
EYMARD Jean-Louis